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Ma plume a vraiment quelque chose de magique. Elle me permet de voyager en des terres lointaines, nouvelles et inconnues. J'y découvre des mondes sans pareils et je peux y vivre aussi longtemps que je le veux. Lorsque je commence une histoire, c'est toute une aventure.
Peut-être est-ce parce que mes plus grands rêves, ceux qui ont été portés par mon enfance, se résument par ce dernier mot. En fait, je voulais courir après les tornades, braver les feux de forêts, me jeter dans l'oeil des cyclones, danser sur les tremblements de terre, jouer et me perdre dans les blizzards pour ensuite écrire tout ce que vous, vous n'auriez pas vu. Mère Nature a toujours été la plus sincère de toutes mes alliées, la craindre ne m'a jamais effleuré l'esprit. Toute ma vie, je l'ai vécue à mille lieux de ce sentiment. Je ne connaissais pas la peur. Je ne la connaissais tellement pas justement que j'avais du mal à comprendre pourquoi les autres la ressentaient.
Vous l'ais-je déjà dit, que je suis une éternelle incorrigible ? Et oui, j'aime la vie et j'ai tout voulu en même temps. Un mari, un fils, écrire, courir, courser, peindre, tisser, philosopher, chasser, voyager et… Mais voilà, je n'arrivais pas à tout faire en même temps. Je suis donc allée à l'école, j'ai aimé apprendre, dessiner et écrire, mais je passais la majeure partie de mon temps à tenir tête à mes parents. Ensuite j'ai failli me noyer, appris à nager, fait du 200 kilomètres heure, pisté du loup et de l'ours, puis je me suis mariée. J'ai eu un terrain, une maison, un jardin et une drôle de sensation, celle de plafonner. J'ai accouché de mon fils et je me suis mise au point à l'aiguille. Entre temps, j'ai appris le macramé, refait du dessin et découvert la philosophie. À un certain moment, j'en ai eu assez, j'ai plié bagage et je suis partie. Je me suis réinstallée avec mon bébé et je me suis ressourcée en plongeant dans ce que j'appelle aujourd'hui les vraies valeurs de la vie. Par la suite, un éclair m'a frappée, j'ai trouvé l'expérience intéressante et j'ai recommencé à écrire, mais beaucoup plus sérieusement que dans mon très jeune temps. Tout ça pour dire qu'à 25 ans, j'étais à la recherche d'un style, le mien.
J'ai toujours eu une nette préférence pour la science fiction. Pensez à Jules Vernes, surtout à son légendaire 20000 lieux sous les mers, et vous comprendrez probablement où je veux en arriver. Ce genre ne connaît pas les frontières, il est sans limites. C'est l'évasion absolue. En ce temps-là, j'élevais mon fils en griffonnant une histoire gardée dans une boîte au fond d'un tiroir. Un roman en trois tomes qui n'est d'ailleurs toujours pas terminé.
Et je suis retombée en amour ! J'ai pris l'avion, j'ai pris dix jours, je me suis remariée et à l'atterrissage, c'est la déception qui m'a frappée. J'ai enterré mon père, demandé le divorce et, moins d'un an plus tard, j'étais encore une fois réinstallée. Mon fils ayant grandi, j'ai sorti mon nouveau jouet, une machine à écrire, et je me suis mise à pondre tout ce qui me passait par l'esprit. C'est à cet instant que j'ai réalisé jusqu'à quel point je pouvais attacher de l'importance à ma plume. C'est là que j'ai vraiment compris que je n'arriverais jamais à concevoir ma vie sans elle. Et c'est encore là que je suis sincèrement partie à la découverte de cet art.
J'ai délaissé la science fiction pour lire N'Tsuk de Yves Trériault, L'homme qui devint Dieu de Gérald Messadié, La reine soleil de Christian Jacq, Dracula de Bram Stoker ainsi que les fabuleux Lance dragon de Margaret Weis et Tracy Hickman. Entre un et l'autre, j'ai aussi lu et relu un livre que je garde sur ma table de chevet depuis bientôt 40 ans ; Illusions de Richard Back, la suite - inattendue mais tellement extraordinaire - de Jonathan Livingston, le goéland. Quelques temps plus tard, j'ai cherché un cadeau pour une amie. Vous savez, genre petit quelque chose de spécial auquel personne d'autre n'aurait songé ? De cette envie est né Un conte juste pour toi que vous trouverez en deuxième partie de mon livre. Certaines personnes ont lu le manuscrit en commençant par cette amie, évidemment. Mon cœur a bondit hors de sa poitrine lorsque j'ai reçu leurs éloges. À partir de ce jour, la demande pour que je publie est devenue de plus en plus pressante. Je me suis laissée emporter par la vague et je me suis attaquée au monde de l'édition. J'ai présenté un polar, Enfer - Chapitre 11 des chroniques d'un assainisseur, ainsi qu'un livre de musique pour enfants. Malgré la centaine de maisons contactées, et la trentaine d'entre elles qui ont pourtant répondu avec encouragement, je n'ai pas trouvé preneur.
L'échec est un mot que j'ai banni de mon vocabulaire depuis belle lurette. Je crois en l'abandon et au découragement, mais pas en cette forme spécifique qui tend à laisser penser qu'un mouvement puisse s'arrêter et ne jamais plus être redémarré. D'ailleurs, cette forme laisse aussi un arrière-goût beaucoup trop amer, celui d'avoir plié, cédé, capitulé devant l'obstacle. En réponse à ce retour à la case départ, j'ai contracté le prêt dont j'avais besoin pour me publier. Et nous y voici ! Un petit recueil imprimé sur du papier d'une couleur chaude, tant pour l'œil que pour le doigté, et produit sur les presses conventionnelles pour en assurer et en préserver la qualité. Je l'ai voulu beau et raffiné, mon livre.
J'ai dépassé ce temps où je n'arrivais plus à concevoir ma vie sans ma plume. L'écriture fait désormais parti de mon quotidien. Je crois sincèrement avoir atteint la maturité demandée pour me présenter et partager ce monde qu'est le mien. Que j'en vive ou pas a même perdu de son importance. C'est l'amour du métier qui guide mes pas.
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